Publicité dans nos boîtes aux lettres : l’expérience stop pub

Publicité dans nos boîtes aux lettres : l’expérience stop pub
Suite et fin de l’article concernant les publicités qui atterrissent dans nos boîtes aux lettres. Si vous n’avez pas lu la première partie, je vous encourage vivement à le faire avant de lire la suite, il vous suffit de cliquer ici. C’est bon vous avez votre « stop pub » sur votre boîte aux lettres ? Parfait. Alors maintenant je peux vous avouer quelque chose : vous risquez fort de continuer à avoir malgré tout (quelques) pubs dans votre boîte aux lettres. On voit ça tout de suite.

Le contexte

Comme je le disais dans l’article précédent, le « stop pub » a été popularisé en 2004 dans le cadre du premier plan national de prévention des déchets[1]https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/stop-pub. Sauf que… si l’écrasante majorité des entreprises jouent le jeu, ce n’est pas encore le cas de certaines, et ce n’est pas forcément gagné de les faire condamner[2]https://www.zerowastefrance.org/stop-pub-fin-flyers/.

Quoi ?? Mais je vais aller l’arracher tout de suite mon « stop pub » alors !

Alors non ne le faites pas ! Il y a au moins deux bonnes raisons à ça :

  • la première c’est que ça réduit quand même énormément la quantité que l’on reçoit, je vais vous le montrer
  • la deuxième, c’est que la nouvelle loi vise à renforcer le respect du « stop pub » (oui la fameuse loi ; j’en reparle à la fin)

Retour sur les chiffres principaux

Dans l’article précédent[3]Publicité dans nos boîtes aux lettres : stop pub ou encore ? nous avons vu que le « stop pub » permettait d’éviter 13,6 kg/an/hab de déchets. L’ADEME parle de gisement d’évitement[4]https://www.ademe.fr/etude-devaluation-gisements-devitement-potentiels-reduction-dechets-impacts-environnementaux-evites. Et je vous ai expliqué que cela ne correspondait pas seulement au poids des prospectus dans la boîte aux lettres, mais prenait également en compte les déchets cachés qui vont avec. Si on considère seulement ce qui arrive réellement dans la boîte aux lettres, on est plutôt autour de 11 kg par habitant. Ici le plus pertinent est de raisonner par foyer (= par boîte aux lettres). On secoue un peu et on obtient[5]https://www.optigede.ademe.fr/mettre-en-oeuvre-une-operation-stop-pub :

27 kg / an / boîte aux lettres

Précision : il s’agit d’une moyenne sur toutes les boîtes aux lettres de France, qu’elles aient ou non un « stop pub ». Cela signifie que ceux qui ont mis l’autocollant seront bien en-dessous ; ceux qui ne l’ont pas seront certainement au-dessus, certains parlent de 40 kg/an[6]https://www.stoppub.fr/.

Dans tous les cas il faut voir cela comme un ordre de grandeur qui variera aussi selon votre localisation, mais ça donne une base tangible pour la petite expérience qui va suivre.

Expérience sur 6 mois

On peut tout à fait faire l’expérience chez soi de comptabiliser les publicités qui arrivent dans notre boîte aux lettres. C’est ce que j’ai fait de septembre dernier jusqu’à maintenant. Et je vous inviterais bien à le faire pour confirmer ces chiffres, mais la période actuelle n’est pas très représentative. Raison pour laquelle j’arrête maintenant mon test que j’avais prévu de faire à l’origine sur un an.

Petit point méthodologie :

  • il y a (évidemment) un « stop pub » sur ma boîte aux lettres ! On va donc pouvoir évaluer son efficacité
  • je n’ai pas comptabilisé les tracts des élections municipales et magazines de la ville qui sont théoriquement hors du champ d’action du « stop pub »
  • On se rend vite compte que les prospectus peuvent être répartis en trois grandes catégories, que sont les artisans du bâtiment, les commerces alentours, et enfin les agences immobilières. J’ai donc distingué ces catégories par mois
  • Enfin, j’ai fait deux graphiques, l’un représentant le poids de ces pubs, et l’autre leur nombre. Le premier critère permet d’estimer la quantité de papier utilisée pour ces pubs, et le deuxième le nombre de fois où je me suis énervé en ouvrant ma boîte aux lettres. A vous de voir auquel des deux critères vous êtes le plus sensible 🙂

Allez roulement de tambour, voici les résultats :

 

 

Premier enseignement : le poids total de prospectus est de 0,9 kg sur 6 mois. Rapporté à un an cela représente 1,8 kg. C’est 93% de moins que la moyenne des 27 kg nationaux. Cela correspond tout à fait aux performances annoncées par l’ADEME[7]https://www.ademe.fr/etude-devaluation-gisements-devitement-potentiels-reduction-dechets-impacts-environnementaux-evites et UFC-Que choisir[8]https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-publicite-dans-les-boites-aux-lettres-la-grande-distribution-en-fait-plus-que-jamais-des-tonnes-n12249/[9]https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-enquete-prospectus-publicitaires-face-au-flot-grandissant-le-stop-pub-n56417/. On peut donc le dire sans hésiter, le « stop pub » est très efficace ! Pour autant cela reste l’équivalent du poids de 9 livres d’enfants (oui j’ai fait le test) qui sont jetés en un an. Personnellement entre les livres et des prospectus qui vont directement à la poubelle, je sais ce que je préfère. 75 prospectus en 6 mois, ça fait quand même 1 prospectus tous les 2 ou 3 jours alors même que c’est écrit sur la boîte aux lettres qu’on n’en veut pas. Je vous laisse faire l’étude marketing de votre côté sur la saisonnalité des différentes activités 🙂

Place maintenant aux trophées Ludeko de « on n’a pas vu le stop pub »

  • Catégorie enclume : le catalogue Ikea, « reçu » en février, et qui à lui seul représente 40% de toute la publicité reçue sur les 6 mois
  • Catégorie on ne lâche rien : Les 11 agences immobilières pour l’ensemble de leur oeuvre et leur régularité. Les plus acharnées ont quand même déposé plus d’un flyer par mois ! On aurait pu penser qu’ils voient le « stop pub » à un moment donné
  • Catégorie ça va plus vite : La pizzeria qui nous dépose les prospectus par 5 dans la boîte aux lettres

La nouvelle loi

Je voudrais clarifier un point. Vous vous dites peut-être qu’il faut bien que ces entreprises se fassent connaître. Honnêtement je l’entends et on peut en discuter. Mais la question n’est pas là : lorsque quelqu’un signifie clairement qu’il ne veut pas de pub, il n’y a aucune bonne excuse pour ne pas le respecter (sans compter que cela enfreint la loi). Si vous dites non à un flyer dans la rue, on peut quand même vous le mettre dans votre poche ?

La nouvelle loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire[10]https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041553759 vient donc renforcer les sanctions en cas de violation du « stop pub » avec une amende qui devrait aller jusqu’à 1500€ à partir du 1er janvier 2021[11]https://www.zerowastefrance.org/stop-pub-fin-flyers/. Pour l’instant le confinement est certainement encore plus efficace, mais l’avenir nous dira si cette nouvelle sanction sera dissuasive pour les récalcitrants. Je renouvellerai peut-être mon expérience 🙂

Conclusion

Evidemment je ne prétends pas que mes résultats soient généralisables partout. Je suis en ville, avec manifestement beaucoup d’agences immobilières et de pizzas autour, on peut s’attendre à ce que ça varie d’une ville à l’autre et encore plus à la campagne.

Si vous avez vos propres candidats aux trophées Ludeko ou de nouvelles catégories à créer n’hésitez pas à les partager !

Sinon un petit nouveau est apparu aux côtés des pages Facebook et LinkedIn, il s’agit du compte Instagram de Ludeko, qui met en valeur mes alliés de la réduction de déchets particulièrement appréciables en ces temps de confinement.

A bientôt pour de nouvelles aventures, et restez chez vous !

Crédit photo d’en-tête : DieElchin – Pixabay
Edit du 04/04/2020. Suite à un échange viril avec @stoppub.fr sur Instagram, j’en ai profité pour apporter quelques modifications pour être sûr qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Sur la partie contexte j’ai remanié la phrase qui explique que si sanction il existe actuellement elle n’est pas forcément appliquée. Et surtout sur le chiffres de 27 kg/an j’ai rajouté une phrase précisant qu’il s’agit d’une moyenne nationale incluant des boîtes aux lettres avec et sans « stop pub ».